L'Histoire de Paris et de la France à portée de main en se promenant dans la capitale.
American way of life, anti-américanisme primaire ... les relations franco-américaines sont depuis longtemps passionnées. Malgré les "Je t'aime ... moi non plus", les hommages d'un pays à l'autre se sont multipliés au fil des années. L'une des expressions les plus marquantes demeure le don de la Statue de la Liberté de la France aux Etats-Unis. Si Frédéric Augusthe Bartholdi (1834-1904) en est le sculpteur, avec la collaboration d'Eugène Viollet-le-duc (1814-1879) puis Gustave Eiffel (1832-1923), l'idée d'un gage de la France envers les États-Unis provient de Edouard de Laboulaye (1811-1883), juriste et professeur au Collège de France. Edouard de Laboulaye confia en 1866 le projet à Frédéric Augusthe Bartholdi, à qui il avait auparavant commandé un buste à son effigie. Mais, Bartholdi fut occupé jusqu'en 1869 à travailler sur un autre projet (un monument sur l'estuaire du canal de Suez), qui ne vit finalement pas le jour. En 1870, Bartholdi réalisa un premier modèle réduit en terre cuite. La guerre de 1871 retarda le projet qui fut relancé par Thiers (1873) et par le voyage de promotion de Batholdi aux États-Unis (1871). La Statue de la Liberté, de son vrai nom "La Liberté Éclairant le Monde" devait être offerte pour le centenaire de l'indépendance américaine en 1876. Mais, des difficultés de financement comme des soucis lors des travaux retardèrent la construction. Le financement ne fut bouclé qu'en 1880. La main avec la torche fut tout de même exposée à Philadelphie en septembre 1876. La tête fut dévoilée lors de l'exposition universelle de Paris en 1878. La statue fut finalement terminée, après de nombreux déboires financiers et funestes (décès de Viollet-le-Duc et de Laboulaye) de part et d'autre de l'Atlantique, en juillet 1884. Elle fut démontée à partir de janvier 1885, une fois que les fonds nécessaires à la construction du socle furent réunis aux Etats-Unis, et embarqua du Havre en mai 1885. La statue ne fut remontée qu'à partir du printemps 1886 et fut finalement inaugurée le 28 octobre 1886, en présence du président américain, Grover Cleveland.
La
représentation de la liberté s'imposa aux deux hommes, cette valeur étant commune aux républiques française et américaine. Les deux hommes auraient d'ailleurs voulu, par cette représentation
républicaine, défier le régime autoritaire de l'Empire Français de Napoléon III. Les inspirations sont multiples mais principalement antiques : colosse de Rhodes, divinité romaine Libertas ou
grèque Hélios, la reine Sémiramis .... Si la statue s'est imposée comme un des symboles de la Liberté, Paris compte d'autres
allégories de la Liberté. Le Génie de la Liberté (par Auguste Dumont (1801-1884)) coiffe la colonne de Juillet, située place de la Bastille (IVème, XIème et XIIème arrondissement). La
représentation est différente mais on retrouve également la torche pour signifier la volonté d'éclairer le monde, les peuples. Place de la Nation (XIIème arrondissement), le Génie de la Liberté
est également représenté dans le monument du Triomphe de la République, sculpté par Aimé-Jules Dalou (1838-1902). Enfin, si la Liberté brandit toujours une torche (de la main gauche et non droite
comme la Statue de la Liberté), elle apparaît sous des traits féminins sur le monument de la Place de la République (IIIème, Xème et XIème arrondissement), sculpté par Léopold Morice
(1846-1919).

La statue a coûté la bagatelle de 343.000 euros (sans tenir compte des rénovations ultérieures). Elle mesure 46 mètres et en ajoutant la hauteur du socle, elle atteint 93 mètres. Elle pèse 225
tonnes, dont 125 d'acier et 31 de cuivre. Eugène Viollet-le-Duc choisit la technique du "repoussé" qui consiste à travailler à froid et à l'envers une plaque de métal (d'une épaisseur de 2,37 mm)
de manière à faire ressortir la forme souhaitée. Gustave Eiffel choisit de faire reposer la statue sur une armature en acier (un pylône composé de 4 pieux en acier sur lequel repose la statue et
un second squelette qui tient les plaques de cuivre).
La statue fut fondue et assemblée dans les ateliers Gaget, Gautier et Cie, repris après par Monduit et Bechet.
Ils étaient situés au 25 rue de Chazelle (XVIIème arrondissement) et s'étendaient jusqu'au 21, où Bartholdi installa également son atelier pour suivre l'évolution de la construction. Durant la
construction, son gigantisme s'imposa dans tout le quartier et beaucoup de parisiens vinrent se promener pour l'admirer. Aujourd'hui, il ne reste plus rien des ateliers et seule la clinique
actuelle fait référence à la Statue en l'ayant choisie comme logo. Pour l'anecdote, l'entreprise Gaget aurait distribué, lors de l'innauguration, des miniatures de la Statue aux invités qui
auraient déclarés "Do you have your Gaget ?". Ce qui aurait donné naissance au mot "Gadget" dans la langue anglaise et française.
Symbole de la ville de New-York mais également mondiale, de nombreuses répliques virent le jour à travers le monde. Avec une forte communauté américaine vivant dans ses murs, Paris ne pouvait évidemment échapper à cette frénésie de copie, d'autant plus que les usines qui virent naître la statue y était situées. La plus connue des copies est celle située à la pointe de l'île aux Cygnes, à la hauteur du pont de Grenelle (XVème arrondissement). Elle a été dressée le 4 juillet 1889, en présence de son créateur, et fondue à partir du moule réalisée par Bartholdi en 1874. Elle faisait initialement face à l'Elysée (et à la Tour Eiffel), tournant le dos aux États-Unis (alors que la Statue de la Liberté fait face à l'Europe). En 1937, lors de l'exposition universelle, elle sera retournée pour enfin faire face aux États-Unis. Elle est quatre fois plus petite que sa grande soeur américaine (11m70) mais elle renforce le côté américain du quartier Beaugrenelle, dominé par une vingtaine de tours. Sa tablette indique "IV Juillet 1776 = XIV Juillet 1789",en référence aux révolutions de chacun des pays. Elle a été offerte par le Comité des Américains de Paris pour remercier la France de son don de la Statue de la Liberté. La souscription fut lancée en 1884 mais en mai 1885, la souscription n'était toujours pas close alors que l'ambassadeur américain achevait sa mission en France. Une statue en plâtre fut donc réalisée et inaugurée, place des États-Unis (XVIème arrondissement), en 1885, face à la légation américaine. Mais, vulnérable, elle fut enlevée rapidement.
Une autre réplique, plus petite et en composite, se trouve très proche, au niveau de l'hôtel Novotel, sur le quai de Grenelle.
Le jardin du Luxembourg (VIème arrondissement) abrite également une réplique offerte par Bartholdi lui-même en 1900. Ce modèle en bronze, mesurant près de 3 mètres et installé en 1906, porte la mention sur sa tablette "15 novembre 1889", en référence à l'exemplaire de l'île aux Cygnes. A noter qu'il manque la flamme de sa torche, qui fut brisée lors du voyage retour d'une exposition à Amsterdam en 2001. Elle est actuellement en rénovation.
Le Musée des Arts et Métiers (IIIème arrondissement) accueille plusieurs exemplaires de la Statue de la Liberté. A l'extérieur, au niveau du choeur de l'Église de Saint-Martin des Champs, un exemplaire en bronze a été inauguré le 9 juin 2011. Il s'agit d'une copie de l'exemplaire qui se trouve à l'intérieur du Musée, également au niveau du choeur. Ce dernier modèle à l'échelle 1/16ème est l'original qui a été utilisé par Bartholdi pour réaliser la véritable Statue, par agrandissement des différentes parties. Il a été légué par la veuve Bartholdi au Musée. Ce dernier compte également des maquettes représentant la construction de la Statue dans les ateliers.
La flamme de la Statue a également été reproduite et constitue aujourd'hui un monument au niveau du pont de l'Alma (VIIIème arrondissement). Cette reproduction grandeur nature, dénommée La Flamme de la Liberté, a été offerte par les Etats-Unis en 1989, en remerciement de l'aide française à la restauration de la Statue 3 ans auparavant. Depuis 1997, ce monument fait également office de lieux de commémoration pour Lady Diana, suite à son décès dans un accident de voiture dans le tunnel du pont de l'Alma. Une autre Flamme de la Liberté a été également réalisée et inaugurée dans les jardin de l'ambassade américaine à Paris en juin 2008 (VIIIème arrondissement).
Enfin, il existe une dernière reproduction qui fait partie des éléments composant le Centaure de César, situé place Michel Debré (VIème arrondissement). De petite taille, je vous laisse le plaisir de la chercher dans cette agglomérat d'objets ...